Textes choisis et Poèmes

 

 

 

Lumière noire de Rimbaud

 

Yann ORVEILLON

 

 

 

 

Site pliocène de l’Hadar,
dépression de l’Afar,
le long du fleuve Awash,
nord-est de l’’Ethiopie.

Elle est au point milieu
de la faille du rift.
Elle est au point focal
où pulsionne l’esprit.
Debout,
elle contemple
la matrice tellurique
d’où elle est née.

Lucie,
nue,
pétrie d’Afrique,
son corps est lumière noire.

Lucy,
symphyse pubienne fracturée,
alors le coquillage
des mains croisées
protège le sexe.

La dramaturgie humaine
est en marche.
Elle regarde intensément
les hauts plateaux.

Sait-elle déjà
a des millions d’années
qu’elle guette
un homme
aux étranges yeux bleus ?
Elancé,
farouche, dur et tendre,
on l’appellera
Rimbaud-l’éthiopien
"l’homme aux semelles de vent".

 


 

Yann Orveillon vient de décéder le 7 juillet à l’hôpital de Morlaix (Finistère), où les traitements se succédaient depuis de longs mois.
Né en 1941 de parents brestois, il vécut après-guerre dans les baraques du « Point du jour » près de « Polygone Butte ».
A 17 ans il est marin au long cours et embarque sur des navires qui portaient, seuls, des noms de poètes de la Pléiade : Du Bellay, Rémy Belleau, De Baïf, Ronsard…
Il termine sa vie professionnelle comme documentaliste après 41 ans d’activité salariée, ayant pratiqué mille métiers et connu milles misères.
Militant syndical et politique organisé ; presque toute sa vie il milite. Il œuvrait depuis plus de 20 ans pour la « promotion » des poètes et de la poésie conçue et vécue comme un acte de résistance et de réappropriation de la parole, essentiels à l’expression et l’organisation d’un contre-pouvoir, pour aider et sauver la dignité et la beauté du monde.
Chroniqueur de radios libres, ancien président des Ecrivains Bretons, fondateur des Voleurs de Feu, il a écrit dans les revues Albatroz, Hors jeu, D’autre part, Ar Men, Hopala, Les Voleurs de Feu…