Textes choisis et Poèmes

 

 

 

OOn n'autopsie pas un poète

 

 Gilbert JONCOUR
 

 

On n'autopsie pas un poète

Comme une odeur de mort qui vous colle à la peau, pour qui connaît Paris et les bords de la Seine. Pour qui connaît Paris, la balance à viscères, les tiroirs, les bocaux, la puanteur des jours. Pour qui connaît des nuits, l'étrange carrefour, des vies, des cœurs, des cris, ou de ce qu'il en reste. O putain de clarté, Place Mazas, à l'entour. Comme une odeur de mort, qui vous poursuit et vous précède. Pour qui connaît l'humiliation, qui la partage sans rien dire. Et qui ne parle plus. Qui fait d'instinct vers l'autre, comme un signe de tête. Comme pour signifier qu'il est encore vivant. Qu'il a honte soudain. Qu'il n'ose plus parler. Qu'il a perdu sa langue. Comme une odeur de mort sur d'infinis charniers. Pour qui ferme les yeux, pour qui cache ses larmes. Pour qui pleure sans bruit, pour ne pas déranger. Pour qui aime écouter sur les lèvres du vent, pour qui aime d'un trait comme on boit le silence. Pour qui connaît la sève, et tutoie les racines, et la terre, et la mer, les paroles et les vents. Pour qui protège un feu avec ses mains tremblantes. Pour qui aime écouter le rire des enfants, la symphonie des cœurs et la clarté de l'aube. Et qui souffle en solo sur l'asphyxie du temps. Et qui souffre, et qui souffre, pour habiter toujours l'étincelle rebelle, pour refuser la nuit, pour accueillir le jour.

 

L’écriture est une marche une navigation, un voyage par le souffle des mots, par le rythme de la musique, par le truchement du cœur, le plus petit qui soit, vers des villes et des campagnes, vers des hommes et des femmes, qui pensent ou ne pensent pas, qui travaillent ou ne travaillent pas, selon l’heure.

Qui, par la haine et le mal, encercle tout un peuple, étouffe l’humanité de son regard froid, selon l’heure ou l’endroit ?

Pour toujours, il nous faudra agir ensemble, demeurer familier du même quotidien et tutoyer les mêmes vents, les mêmes routes, pour nos têtes et nos jambes, nos neurones et nos doigts, car vivre est un travail nécessaire à l’accomplissement de la vie, rien d’autre !

 

Certains cherchent et ne trouvent pas…

D’ailleurs, j’y vais. J’y pense. J’en suis.

J’apprends à mes oreilles à décliner la couleur du temps qui passe toujours d’une saison à l’autre.

Mais comment apprivoiser cette étrange musique qui compose mon chant ?

J’enchaîne des étincelles et une clarté sombre féconde des couleurs invisibles pour des yeux ouverts en grand nombre au cœur d’une fleur de tournesol.

Pour un frère qui manque toujours à l’appel, pour un nouvel état sauvage, pour le souffle vivant des séductions perpétuelles qui succombent aux passions, aux pouvoirs arbitraires, aux applaudissements feints et aux ronronnements stériles, faut-il vivre sur un pied pour laisser moins de traces ?

Faut-il ménager ses méninges, ses montures ou ses yeux et demeurer hagard dans des brumes matinales pour battre le record du Grand soporifique qui nous invite à tout instant à compter des moutons sur le livre du monde ?

Combien faut-il avaler de couleuvres, pour effacer d’un trait de plume toutes les vérités qui nous tiennent lieu de mémoire ?

Demain, il nous faudra nettoyer nos têtes, avec des crânes semblables aux notres, pour oublier toutes nos migraines et réactiver tous nos neurones.

Demain, il nous faudra nous battre pour retrouver notre liberté perdue.

Avant que la nuit ne tombe !

Préparons-nous !

Soyons en avance !

 

Gilbert Joncour 

né le 9 octobre 1955
à Douarnenez.
Il est l'un des anciens animateurs
de la revue " Quimper est Poésie ".

A publié :
" Tan " éd. Les Voleurs de Feu, 1999
" Psaumes pour une faim de ciel ", éd. Hors-Jeu, 1997 ( Epinal )
" Le Miroir sans Tain", éd.Caractères, 1986 ( Paris )